Dans les instructions officielles, l'exercice de la récitation est assez malmené. En gros, on a le droit d'en faire, à condition d'avoir étudié le texte en classe...
Par conséquent, il faut trouver un poème en relation avec le reste de votre séquence ce qui s'avère quelquefois assez compliqué quand il s'agit de la séquence sur l'Explicatif et que vous avez choisi le thème récurrent ( pourquoi, on ne sait pas) du traitement de l'eau...( cf. les tests d'évaluation de rentrée des 6e!). De plus, les élèves sont souvent pétrifiés à l'idée de passer seul devant tout le monde et pour peu que vous ayez une classe d'agités, tout cela finira dans un affreux foutoir entre rires et castagnes. Rires des uns provoquant castagnes des autres.... Enfin, je n'aime pas spécialement écouter 30 élèves d'affilé débiter mollement le même poème sur le ton de récitation qu'on connaît tous si bien. Par conséquent, j'ai décidé de faire autrement. je précise que je n'ai jamais essayé en ZEP puisque, de toute manière, là où j'étais en ZEP , en 6e et 3e on peut faire cours, en 4e non. Le problème de la récitation est donc vite réglée: les 6e étant analphabètes ne peuvent rien apprendre par coeur, les 3e passant le brevet et jouant les grands vous disent qu'il s'en foutent. Et c'est la... castagne. Ma méthode s'enrichit eu fil des formations théâtrales où je me rends et s'inspire grandement de ce que j'ai pu apprendre de Bernard Grosjean et Camille Ber. Je mets les élèves en condition de représentation théâtrale, à petite échelle, pour que ce ne soit pas ennuyeux.
Déjà il faut fixer le " secret". C'est quoi? C'est un point, une croix, que les enfants regardent en disant leur texte. Ils lui parlent comme s'ils s'adressaient à une personne. Avantage: se concentrer, ne pas être intimider par moi, ne pas l'être ou ne pas rire avec les camarades, ne pas fixer ses chaussures, créer une "tension dramatique" qui fait que, s'il y a blanc, ça ne se soit pas.
Ensuite, je règle une entrée. Il est important d'entrée et de sortir de scène pour attirer l'attention des camarades et s'habituer à bouger devant eux.
Pour le Premier passage, 1e fois de l'année, je joue simplement sur les voix: dire à deux, dire en se répondant à chaque strophe, dire à 4 avec un vers chacun ( très difficile, tout le monde doit bien savoir son texte), dire en groupe, dire en canon .... Puis au fil de l'année j'augmente les consignes: dire le poème avec telle intention, comme si on était tel personnage, en faisant tel ou tel geste.
Ex: "Carmen" de Gautier: dire le poème comme si on vendait Carmen au marché des esclaves dire comme si on voulait dégoûter tout le monde avec mépris dire comme si on était un scientifique qui dissèque Carmen dire en modelant Carmen. Dans tous ces cas un autre élève joue Carmen.
Qu'est-ce que ça veut dire " modeler Carmen"? L'élève qui joue Carmen est tête baissée, sans aucune posture, celui qui récite doit dire et en même temps donner une forme au personnage. A la fin il doit obtenir une "statue" de Carmen, dans une position très représentative. Il faut donc réfléchir à ce qu'on va dire, à ce qu'on va faire, dans quel ordre, combien de gestes pour combien de vers etc. Et j'augmente les difficultés, je varie les consignes au fil des poèmes et de mon inspiration.
Bien entendu, mes élèves ne passent pas tous à la même heure. Plus ils passent "tard" plus le texte à apprendre est long. Ceux qui passent une semaine après la première date ont appris une strophe de plus et ainsi de suite. Je peux prendre une heure ou une demi heure chaque semaine pour les mettre en scène mais c'est loin d'être ennuyeux.
On joue aussi sur les adresses au public, toute la classe participe finalement du moins du regard.
Je note l'élève sur tous les critères: comme je demande quelque chose d'assez complet, je me fiche des blancs et des erreurs. Je vais bien au delà de ça: volume de la voix, articulation, , posture, regard, intention, respect de la consigne, tout y passe. En plus d'être assez ludique et de travailler sur l'oral tel qu'il est défini dans les instruction officielles ( je peux faire ça avec n'importe quel texte étudié et surtout l'élève apprend à s'exprimer en public et à utiliser son corps) l'exercice désacralise le moment atroce de la récitation qui faisait trembler les élèves de peur à la rentrée. Comme je ne suis pas regardante sur les blancs, que je permets même qu'on en joue, pour surprendre... Finalement ça devient très intéressant et plus du tout scolaire.
Le poème en question: |